Stan3069 ( 2008 ans )

Inscrit le: 11 Jan 2006 Messages: 48 |
Le 24 Feb 2006 1:46
Au club de Bridge, des partenaires de jeu me demandent si je veux bien donner des cours particulier bénéveloment, par le biais du secours catholique, dans le cadre de sa branche soutien scolaire.
Moi j'ai toujours aimé enseigner, je saute sur l'occasion.
Néanmoins, je leur dis : Je suis absolument pas catho, voir plutot critique à l'égard de cette religion. Ne désirant pas polémiquer, je m'abstiens de leur dire ce que je pense franchement du pape.
Ils me disent, pas de problèmes, ils ont grand besoin de gens comme moi capable d'enseigner de la sixème à la terminale
Je leur dis aussi : Je ne travaille pas avec un enfant que l'on force à venir.
J'ai beau n'être qu'un pauvre nul (surtout à cette époque, actuellement je dirais beaucoup beaucoup moins), j'ai déjà compris que cela ne sert à rien d'enseigner quelque chose à quelqu'un qui ne veut pas apprendre, en tout cas dans un pays qui ressemble à une démocratie. Je n'en tire cependant pas tous les enseignements. Décidément, ouais, je n'étais qu'un pauvre nul. Meme si j'ai beaucoup de circonstances atténuantes. Très exactement : exténuante. Ouais j'ai des problèmes de santé.
L'un de mes élèves sera Tarek.
Issue d'une famille magrébhine nombreuse. Le père travaille à mi-temps au Smic.
Année de sixième je crois bien :
Je fais travailler 2 élèves en même temps, Tarek et son frère. D'un point de vue relationnel, cela se passe très très bien. Ils sont gentils, écoutent ce que je leurs dis, ils ont de l'humour. Cela se passe vraiment très très bien. D'un point vue pédagogique, je me débrouille a peu près comme un prof normal. Je vous l'avais bien dit, je n'étais qu'un pauvre nul. Et donc évidemment les résultats au sens scolaire du terme sont bien moyens.
Année de cinquième :
Il y a une réorganisation , je ne dois suivre plus qu'un élève. Je demande à Tarek et à son frère de décider lequel veut continuer avec moi. Tarek insiste pour que ce soit lui. Je sais bien pourquoi : Il a jamais eu de prof aussi sympa. (MERDE, tiens). Néanmoins je tique un peu. Je l'ai bien compris : Tarek il aime pas du tout l'école. Et je le comprends bien. Je pense qu'il subit la pression de ses parents. Je le prends quand même.
Bon alors on continue. Et moi toujours aussi pauvre nul, de la même manière.
Les maths et notamment les fractions ne passent pas facilement du tout. Je rééxplique 1 fois, 2 fois, 3 fois, 4 fois, 5 fois. Il finit par comprendre. 15 jours après il a tout oublié. Je réexplique encore 1 fois, 2 fois, 3 fois, 4 , 5 fois. Je sais que je m'y prend a peu près de la meme façon qu'un prof ordinaire, donc comme un manche, et que s'il ne comprends pas c'est surtout moi qui suis responsable.
Mais à cette époque j'époque j'ai si peu d'idée. Je vous mens pas : Un pauvre nul.
En anglais cela passe mieux, il aime bien l'anglais, je lui donne meme des devoirs à faire pour la prochaine fois, devoirs qu'il fait. Rien à dire.
Année de quatrième :
Des fois quand il me demande qu'est qu'on fait, je lui réponds qu'est-ce que tu veux faire ?.
Systématiquement il me réponds de l'anglais. Bon, on y va.
On discute souvent; J'ai beau être nul, j'ai bien compris que c'est une bonne chose.
Il veut faire footballeur bien sur.
Je lui dis que ce reve ne sera pas peut-être pas forcément irréalisable, que meme s'il arrive pas à jouer dans une équipe de première divison, il pourrait peut-être jouer dans une équipe de deuxième et vivre décemment. Je lui dis pas du tout qu'il sera footballeur. Je lui dis que cependant ce n'est pas impossible. Il comprend bien le message.
Je lui demande :
Entre un metier que tu aimes beaucoup mais ou tu gagnes pas beaucoup d'argent, cependant assez pour vivre bien, et un métier que tu aimes pas du tout, mais ou tu gagnes beaucoup, mais alors beaucoup d'argent, qu'est- ce que tu choisirais ?
Il me répond : Les footballeurs gagnent des dizaines de millions par an.
Petit futé, va.
Je le coince quand meme, je reformule la question :
Si tu avais le choix entre footballeur dans une équipe de deuxième division, à 10 000 francs par mois, et actuaire dans une société de finance à 50 000 francs par mois, un métier ou tu passera ton temps à faire des maths.
Il me dit que 10 000 francs, c'est beaucoup, son père gagne 3 500 francs par mois et ils sont une dizaine à vivre sur son salaire.
Je lui explique que 10 000 par mois, ce n'est pas tant que cela. Il comprend.
Il réfléchit un peu. Pas longtemps. Il répond :
Footballeur.
Je suis sur le cul. Je n'ose pas lui dire tout le bien que je pense de sa réponse. Décidément, j'ai raison quand je vous dis que je n'étais qu'un pauvre nul, non ? A 15 ans, Tarek a tout compris.
Année de troisième.
Systématiquement, quand au début du cours il me demande qu'est-ce qu'on fait, je lui réponds : Que veux tu faire ?
Très souvent, il me répond : De l'anglais.
On ne fera plus jamais de math. J'appréhende un peu que ses parents l'apprenne et ne comprenne pas. Je prends le risque.
Au bout de 2 ou 3 mois de ce traitement, Tarek a bien compris que c'est lui qui décide de ce qu'on fait dans le cours. Néanmmoins systématiquement, il continue à me demander :
Qu'est-ce qu'on fait ?
Tedieu, mon Tarek, Tedieu.
Je ne sais pas si vous comprenez bien tout ce que cela veut dire.
Chaque année, sa famille m'aura fait un petit cadeau. Un cendrier, une petite bouteille de parfum bon marché ... etc. J'accepte sans sourciller. Je comprends bien le principe. Ils sont contents que je m'occupe de leur fils et veulement me remercier.
Cette année ils veulent me donner 300 francs. Je refuse évidemment. Ils insistent. Je leur explique : Que 300 francs, c'est trop, qu'ils ont pas beaucoup d'argent (euphémisme), qu il était bien convenu que les cours étaient bénévoles. Ils s'en foutent bon dieu, il s'en foutent, ils veulent me donner cet argent.
Je vous explique pas tout le bien que je pense de ces gens.
Ils continue d'insister, me mettent d'office l'argent dans la main, je le repose sur la table. Ils se fachent.
Alors je négocie : Cette année, ils me feront un cadeau de 60, 70 francs. Pas plus. 60, 70 dix francs, c'est déjà beaucoup. Surtout pour eux, je le sais très bien A noel, des fois Tarek il a pas vraiment de cadeau. A part quelque chose comme 3 papillotes.
Ils refusent.
J'insiste fermement : 60, 70 francs ou rien. Ils comprennent que je ne lacherais pas le morceau.
Alors ils acceptent.
J'aurais quelque chose à vous dire gentiment, Monsieur Sarkozy. Vous auriez vécu dans les conditions et l'environnement qu'a vécu Tarek, cela ne me surprendrait pas que de temps en temps vous ne bruliez quelques voitures.
Tarek, il a jamais rien volé de sa vie, ne serait-ce qu'un tournevis pendant le cours de technologie.
J'espère que mon histoire vous a plut, tout ce que je vous ai dit est vrai, à part peut-être certains détails du genre : si c'est pas 60, 7O francs, c'est 50/60 francs que j'ai négocié. |