Après l'accord de ma tite Minh
"En tout cas, il ne faut pas rester enfermée dans un labyrinthe... il y a toujours un chemin pour le trouver"
Et je suis vraiment d'accord avec elle.
Ne jamais perdre espoir.
Cet homme qu'elle a trouvé, sera tien aussi, crois-y.
Fais-le pour nous toutes ces femmes qui ne pouvont enfanter ...
ET J ESPERE QU AUCUN MODO OU ADMIN N AURA LA DECENSE DE VIRER LE LIEN OU LE TEMOIGNAGE
(Ouais j'écris en gros, j'ai le droit, DameLaure l'a bien elle, mais moi, c'est pour une cause)
Son témoignage :
Ces pages, je les ai écrites pour Maïlys avant tout. Qu’elle comprenne un jour en les lisant, que si je n’ai pas su lui donner la vie, elle, elle à su me rendre la mienne. Pour dire à ma mère qu’elle n’est coupable de rien, qu’elle m’a faite comme je suis et que je suis une femme heureuse. Pour ces amies qui me parlent d’elles… cherchant dans mon histoire un encouragement, des conseils…. Pour qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules, et qu’elles comprennent qu’un jour elles aussi pourront être mères. Et pour celles, qui n’ont pas pu, pas voulu en parler de peur d’exploser en larmes. Parce qu’elles n’ont pas envie de cette pitié, de cette compassion…Leur regard me fait mal. Pendant que j’aimerais pouvoir leur dire qu’un jour leur souffrance s’arrêtera, elles préfèrent rester seules dans ce désespoir que j’ai bien connu.
Je suis convaincue que nous sommes toutes la mère d’un enfant de ce monde. S’il ne vient pas de notre ventre, pensons simplement à le trouver là où la nature l’a peut-être déposé par erreur. Chaque problème à sa solution. Parfois, on s’obstine à ne regarder que notre vilain nombril… au centre d’un ventre qui nous refuse l’ultime bonheur… et on ignore qu’au-delà de nos œillères, le bonheur attend.
Impossible est un mot dénué de tout sens, moi, j’aimerai par ces pages, pouvoir faire rejaillir la petite étincelle dans l’âme de celles et ceux qui ont perdu la leur… simplement en leur faisant ressentir mes émotions, mes craintes, mes joies, telles que je les ai vécues. Cette histoire fait partie de ma vie, de mon passé, de mon présent. Je voudrais redonner l’espoir à des femmes ou des hommes qui souffrent de stérilité, leur expliquer qu’être parents est toujours possible, et qu'ils n'oublient pas que l’adoption, c'est une façon toute aussi merveilleuse de devenir parents.
Impossible d’échapper aux premiers moments de grande solitude, lorsque j’ai compris avant même de l’apprendre, que jamais je ne porterais d’enfant, que je ne pourrais pas « être mère ». Ce jour là, c’est comme si on avait déposé mon plus grand rêve dans les fins fonds de l’univers, et qu’il me fallait le rejoindre à travers un immense labyrinthe… dans une pénombre semée d’embûches et d’épreuves….
Voici le résumé de mon histoire :
Par une belle matinée d’été.
Aussi petite que j’étais, j’attendais impatiemment de grandir pour un jour, être mère et donner à mes enfants du bonheur, comme la vie m'en offrait. J’avais décidé d’avoir cinq enfants !
Notre mère nous répétait très souvent qu'elle avait eu bien du mal à nous avoir… Elle nous expliquait que pour pouvoir garder ses bébés dans son ventre, elle avait dû prendre des médicaments, et qu’elle avait appris plus tard que le médicament en question, appelé Distilbène avait causé bien des dégâts sur les enfants nés avec l’aide de ce traitement. Elle nous mettait en garde, surtout nous les deux filles, sur le fait de voir un spécialiste le jour où nous voudrions être mères.
Je me souviens si bien que dans ma tête de fillette de 3 ans qui se croyait grande, la vie d’adulte ne signifiait absolument rien pour moi si je ne devenais pas un jour « Maman ». J’avais gardé une crainte toujours entre parenthèse. Une inquiétude qui je le pense, à du mûrir dans mon inconscient : et si ça ne pouvait jamais arriver ?
C’est pourquoi, lorsque j’ai eu 18 ans et que ma mère m’a "jetée vers la liberté", j’ai décidé que plus rien ne pourrait m’empêcher d’essayer d’avoir un enfant. Un enfant qui serait à mes côtés pour que disparaissent à jamais mes moments de tristesse, un enfant dont le sourire me donnerait une force jamais atteinte jusqu’à présent… un enfant qui sentirait bon le lait et serait doux comme de la soie… Le petit être qui donne le courage et l’envie de vivre. C’était vraiment et définitivement le seul but de ma vie. Depuis ma plus tendre enfance je n’ai toujours eu qu’une seule image de ma vie de femme : des enfants dont les cris et les rires résonneraient dans un grand jardin ensoleillé.
Après quelques mois d’essais… rien. Alors, j’ai comme me l’avait recommandé ma mère, consulté un gynécologue. J’ai pris soin de bien lui expliquer les problèmes hormonaux qui l’avaient contrainte à l’époque à prendre du Distilbène, mais contrairement à mon attente, ce gynécologue ne semblait pas s’inquiéter particulièrement.
Connaissait-il ce médicament ? D’ailleurs… ce médicament avait-il vraiment lieu d’être connu ?? N’en ayant entendu parler que par ma mère, je me posais moi-même la question.
Je crois que si le gynéco à fini par me prescrire des examens (biopsie et hystérographie), c’était principalement pour calmer mes angoisses et peut-être aussi pour me faire prendre conscience que la partie serait pénible si je voulais aller jusqu’au bout. Selon lui, ces quelques mois sans résultat ne valaient pas une telle inquiétude… avec du recul, je me dis qu’il avait peut-être raison !
Les examens n’ont malheureusement pas permis de déceler la moindre anomalie. J’ai commencé les courbes de température et le gynéco m’a simplement donné un traitement pour stimuler l’ovulation qui d’après lui était faible et irrégulière, mais pas au point de parler de stérilité. Il m’a fait des échographies pour suivre l’évolution des follicules. Je me rendais compte que je ne savais même pas comment fonctionnait mon corps. Je découvrais des mots étranges tels qu'ovocytes, corps jaune ou glaire cervicale...
Après quelques mois de traitements, j’ai eu la merveilleuse surprise d’apprendre que j’étais enceinte !
Quelle sensation étrange et formidable de me dire qu’un petit être était là, en train d’évoluer dans mon ventre chaque jour qui passait ! C’est à peine si j’osais encore bouger.
A deux mois et demi de grossesse, j’ai perdu du sang. Je suis allée aussitôt voir mon gynécologue qui m’a fait une échographie. Sur l’écran, je voyais cette petite forme ovale au milieu de mon ventre, je le voyais, il était là, mais c’est l’unique regard que j’allais avoir sur lui.
J’ai regardé mon médecin qui avait l’œil dur et inquiet. Il m’a fait voir des traces plus foncées autour de ce bébé qui tentait de grandir en moi, m’expliquant que c’était du sang. Puis il m’a laissé imaginer pourquoi ce sang était là. J’ai compris que j’étais en train de faire une fausse-couche.
Il m’a dit que c’était un œuf clair. Un œuf clair ? Comme les poules ?? Puis il a ajouté qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, que je n’avais plus qu’à rentrer chez moi, et ne revenir le voir que si je perdais encore du sang… Pourquoi ne pas me faire entrer tout de suite à la clinique puisque j’étais là et qu’il savait très bien que ce bébé ne pouvait plus évoluer ?? Sans doute avait-il envie de rentrer paisiblement chez lui après sa longue journée…Ce qu’il m’imposait de vivre ne le gênait pas le moins du monde. Des fausse-couche, il en voyait plusieurs par jour… Moi, je n'avais pas encore 20 ans et c’était la première fois que je vivais une telle tragédie.
J’étais mal, triste, comme si je venais de perdre un être cher, même si ce bébé n’était qu’un début d’embryon, un œuf clair… dans mon esprit c’était mon enfant, et ce médecin ne semblait pas tout à fait comprendre ce que je vivais, dans sa façon de s’adresser à moi. Comme seule explication, il m’a lancé d’un air indifférent : « c’est la faute à pas d’chance »…
Ce qui devait arriver arriva.. On m’a installée sur une table, les pieds dans des étriers comme pour un frottis… J’étais nue sous une blouse verte fendue dans le dos, avec une énorme lumière ronde qui m’éblouissait le visage. On m’a demandé de compter jusqu’à dix, en me disant de ne pas m’inquiéter, que ça se passerait bien. En réalité, ce qui me souciait le plus n’était pas que ça se passe bien ou non, mais simplement que « ça » se passe.
Pourtant, je me suis réveillée avec l’affreux sentiment que l’on m’avait volé mon bébé. J’étais toujours un peu convaincue que cette grossesse pouvait aller jusqu’au bout. Dans la journée, ma voisine de chambre a eu des visites…. Ses amis admiraient son bébé, et se tournaient vers le berceau vide resté à côté de mon lit. Ils la questionnaient, murmuraient, se tournaient ensuite vers moi les yeux remplis de curiosité ou de compassion.....
Plus tard, je suis retournée voir le gynécologue qui m’a conseillé de tenter à nouveau une grossesse, m’expliquant qu’une fausse-couche pouvait arriver aussi à des femmes ayant déjà des enfants et que ça n’était pas un signe de stérilité. « Simple petit accident de parcours » disait-il… J’ai voulu le croire, j’ai suivi son conseil.
Il m’a prescrit le même traitement qui a porté ses fruits et je me suis à nouveau trouvée enceinte. Je redoutais la première échographie et je n’avais pas tort puisque si l’embryon avait mieux évolué cette fois-ci, le destin lui, continuait à s’acharner contre moi.
Lors de l’échographie, le médecin semblait surpris par l’image qu’il voyait. J’ai tout de suite compris qu’il se passait encore quelque chose, mais j’avais beau chercher ces horribles tâches de sang autour de l’embryon, tout me semblait net.
Cet embryon me paraissait plus gros que le précédent et j’avais l’heureuse impression que la phase critique du risque de fausse-couche que je redoutais tant était maintenant dépassée. Le médecin a pris son stéthoscope pour écouter son cœur et m’a lancé d’un air presque vainqueur « c’est bien ce que je pensais ! Il n’a pas de cœur ! »
J’ai eu du mal a comprendre, mais j’ai fini par réaliser que je ne pouvais pas porter jusqu’au terme de la grossesse un bébé à qui j’avais tout simplement oublié de fabriquer un cœur ! ! !
Pourquoi avais-je raté cette phase si importante ? Comment ne pas donner un cœur au bébé que l’on conçoit ? ? Ce bébé aurait pu grandir normalement, mais j’allais à nouveau subir un curetage.
J’ai laissé du temps passer, deux si lourdes déceptions en quelques mois ne pouvaient pas me laisser indifférente. Je découvrais le combat qu’il me faudrait mener si je voulais avoir un enfant, et lorsque l’on est jeune et pleine d’espoir, forcément, ça brise un peu l’image que l’on a sur l’avenir. On se remets en question, cherchant pourquoi et comment… et si, et si…. Et si la vie pouvait être simplement parfaite.
J’avais franchis la porte de cet immense labyrinthe.
C'est ainsi qu'on bascule vers les chemins houleux... je vous passe la suite des mésaventures mais au total, j'ai fais 5 Fausses couches puis j'ai tenté une F.I.V.
Je suis passée par l'ovulation pratiquement inexistante, l'endométriose, les trompes défectueuses... et j'en passe. De conclusions en contradiction, chaque medecin semblait impuissant face à une stérilité à la base sans motif, et qui au fil du temps trouvait une explication différente selon le gynéco. Je me suis laissée baladée, jeune, naïve... seule, sans quiconque pour m'informer ou me conseiller.
Mon chemin vers l'adoption.
Lorsque je me tournais vers mon passé, je ne voyais que des mois, des années de traitements divers, douloureux physiquement et moralement, qui ne m’avaient apporté que 10 kilos supplémentaires et toujours pas de bébé ! Autant d’épreuves qui détruisent une femme. Mon ventre était devenu mon pire ennemi. J’avais l’impression qu’il était seul au monde à me refuser ce bonheur, lui, si puissant dans l’épreuve qu’il m’imposait.
Puis un soir, tout pour moi est devenu différent. J’ai réalisé que tout cela était devenu un acharnement inutile et que je n’étais qu’une égoïste. J’ai compris ça, simplement en regardant une émission à la télévision.
C’était un reportage (dont je me souviendrais toute ma vie). L’émission s’intitulait « 52 sur la une » et le sujet était : « les mouroirs en Chine ». Titre hélas très révélateur. Cette émission parlait des orphelinats en Chine, où des enfants, lâchement abandonnés à leur triste sort n’attendaient en fait que la mort.
J’étais terrifiée, véritablement torturée au plus profond de mon âme. Des superbes poupons défilaient dans cet écran, le visage durci par la souffrance, la maladie, et moi, j’étais là, bêtement allongée dans mon lit douillet, a les regarder en me disant qu’un enfant, c’était l’amour, la beauté, le bonheur et que ceux-là ignoraient ce qu’était un baiser, une caresse, le doux son d’une voix qui chante une berceuse. Je me disais qu’ils ignoraient même ce qu’était un simple sourire ! ! Mais qui pouvait manquer à ce point de sensibilité pour les laisser « vivre » de cette façon ? ? Liés les uns aux autres, vivant dans leurs déjections. J’ai versé toutes les larmes de mon corps avec l’impression que mon enfant était parmi eux, dans ce cauchemar.
Je les regardais dans leur douleur et enfin j’ai compris que ma solitude ne ressemblait absolument à rien. J’ai compris que moi, telle que j’étais, sortie de mon égocentrisme à ne vouloir regarder que mon pitoyable ventre, je pouvais, je devais donner de l’amour au moins à l’un d’eux. En sauver un ! Il le fallait, je le devais. Je ne pouvais que lui offrir une mère, et lui, me donner un enfant, cet enfant que j’attendais depuis des années. Cet enfant qui contrairement à ce que j’avais toujours cru, ne devait pas à tout prix venir de mon ventre ! Ma décision était prise, je ne vivrais plus que pour ce combat.
Il fallait sans doute effectuer une tonne de démarches et se rendre en Chine…. J’allais peut-être me retrouver au milieu de ces enfants, me sentir impuissante face à leur douleur, mais en prendre un, un seul pour le rendre heureux… un seul.
J’y ai longuement réfléchis et j’étais vraiment prête à tout pour aller chercher mon enfant au bout du monde. Il ne me restait plus qu’à en parler avec mon mari qui travaillait toute la semaine sur Paris.
Ces images m’ont poursuivies jusqu’à son retour. Je ne pensais qu’à ça. Lorsqu’il est enfin rentré, je lui ai fais voir l’émission que j’avais pris le soin d’enregistrer. Il était tout autant bouleversé que moi et a très vite compris mon point de vue. Nous avons discuté de ce que nous, malheureux de ne pas être parents, pouvions apporter à un enfant. Et comme pour lui, tout combat doit être mené, il était partant et m’a encouragée à réaliser ce rêve.
En fait, il m’a avoué être soulagé de me voir enfin abandonner ce combat médical et ouvrir la porte à un nouvel espoir.
Le 2 mars 1996 nous avons posté une lettre à l’A.S.E, expliquant notre désir d’adopter un enfant. Ils appèlent ça "une lettre de motivation", à leur retourner avec le questionnaire.
Suite à cette lettre, une multitude de démarches administratives nous attendaient. Nous avons également écrit à la M.A.I. (Mission de l’Adoption Internationale) pour obtenir des renseignements sur l’adoption en Chine. Très vite, nous avons reçu leur réponse, hélas, il n’existait aucun accord entre la France et la Chine relatif à l’adoption. Il nous était donc impossible d’adopter l’un de ces petits chinois destinés à mourir comme des animaux dans ces endroits maudits. J’étais triste, mais la bataille n’était pas perdue ! Il y avait certainement en Asie d’autres Pays où les orphelinats ressemblaient à ceux qui m’avaient fait horreur !
Après nous être renseignés sur plusieurs Pays, nous avons retenu le Vietnam qui nous semblait être le plus sur, et surtout, celui où l’on pouvait adopter les plus jeunes enfants, car je tenais vraiment à avoir un enfant très jeune.
En avril nous avons pu enfin rencontrer l’assistante sociale, la puéricultrice, puis la psychologue. Les entretiens n’ont jamais été désagréables, contrairement à ce qui nous avait été raconté par différentes personnes qui connaissaient de près ou de loin des couples "qui étaient passés par-là"… Il ne faut pas croire tout ce que les gens racontent ! chaque cas est différent, chaque rencontre également... moi j'ai fais les bonnes rencontres.
Je passais mon temps à ouvrir la boite à lettres dans l'espoir d'y trouver ce "passeport pour le bonheur". Puis le 3 septembre nous avons enfin reçu notre agrément ! ! Je l’ai ressenti comme un test de grossesse positif qui cette fois-ci ne se solderait pas par un échec. J’ai cessé de prendre des congés afin de bénéficier d’un maximum de jours pour le voyage au Vietnam.
Puis l'horreur... l'incompréhension totale. J’ai été hospitalisée pour une grossesse extra-utérine. Je ne comprenais pas. J’étais tombée enceinte, sans aucun traitement alors que je ne voulais plus baigner dans ce milieu médical démoralisant… J’étais allée voir mon gynécologue pour une forte douleur dans le bas du ventre. Il m’avait fait une échographie et n’y avait rien vu. Par précaution, il avait décidé de me faire faire une prise de sang pour voir si il n’y avait pas une grossesse en route. Je pensais vraiment qu’il se trompait, moi…. enceinte, sans aucun traitement !! Impossible !!!
Le résultat m’est pourtant tombé dessus comme une bombe. J’apprenais que j’étais enceinte et en même temps je comprenais que je faisais une grossesse extra-utérine. J’étais démolie, achevée. Je suis retournée voir mon gynéco avec ces résultats qui auraient pourtant du me réjouir, un test positif mais des larmes dans les yeux et le cœur en lambeaux. Il ne m’a pas laissée repartir de l’hôpital et m’a opérée dans la demi-heure qui suivait.
Ce médecin était humain. Il m’a parlé comme aucun médecin ne l’avait fait auparavant… Il savait que ce que je vivais nécessitait une aide psychologique, je n’étais pas pour lui une simple patiente à opérer et laisser repartir chez elle, seule avec son désespoir… mais je ne pouvais pas parler… je ne savais pas associer les mots à ma douleur… je ne voulais pas l’exprimer…. J’avais déjà tellement de peine à le vivre que je ne voulais pas en plus l’analyser. Je tentais de fuir la réalité, même si elle me rattrapait.
Je me demandais pourquoi la vie s’acharnait tant sur moi. Pourquoi, alors que j’avais trouvé la solution à mon problème, il fallait que je vive ça, une fois encore. Pourquoi mon ventre ne me laissait-il pas tranquille ? Je terminais donc ce combat avec une longue cicatrice ! Et oui, il fallait bien marquer ces années de lutte ! ! ! !
Le médecin m’a annoncé qu’il avait été obligé d’enlever la trompe, mais qu’il n’avait pas touché la seconde… il voulait me laisser la chance de tenter une grossesse grâce à cette trompe qui pour moi ne représentait plus qu’une énorme menace ! Nous n’avions pas eu le temps d’en discuter avant l’intervention, et maintenant, il était trop tard.
Je suis restée 10 jours à l’hôpital. Lorsque j’en suis ressortie, j’étais mal, déprimée, complètement anéantie. Je ne comprenais pas pourquoi je devais vivre cette épreuve supplémentaire alors que j’avais enfin réalisé qu’il fallait tout arrêter et aller au Vietnam ! Simplement aller au Vietnam.
Je ne remontais pas de cet état de déprime. Sortir me faisait peur, voir mes amies m’agaçait, je voulais rester là, à ne rien faire, ne pas parler, ne plus penser…laisser le temps passer, et partir enfin.
Le sort s’est acharné sur moi. Deux mois et demi plus tard, les mêmes symptômes sont apparus. Nouvelle prise de sang…. Echographie…. Oui, je faisais une deuxième grossesse extra-utérine !
J’avais envie de fuir… partir loin pour ne pas être à nouveau opérée…. Et que la nature fasse seule son travail…. Laisser cet œuf faire éclater la trompe, laisser l’hémorragie m’emmener vers le silence. Je n'avais plus le courage de rien. C’était mon seul désir, mais je n’ai pas trouvé l’occasion d’être seule et partir…
Des fausses couches, une fécondation in vitro et maintenant, je rajoutais à tout cela deux grossesses extra-utérines. Le comble, c’est que j’avais tout laissé ! ! Je ne voulais plus forcer la nature et me gaver de médicaments, de piqûres… d’hormones en tout genre. Ce que je voulais c’était seulement redevenir moi-même, devenir mère, oui, mais sans être obligée de me détruire. Et j’étais de nouveau à l’hôpital. Le médecin peu rassuré de m’ouvrir une seconde fois le ventre a proposé une nouvelle technique qui consistait à avaler des cachets qui délogeraient l’œuf de la trompe, avant que celle-ci n’éclate. De cette façon, j’échappais à l’opération.
Je devais rester en observation le temps que tout rentre dans l’ordre, hélas, puisque rien ne fonctionnait jamais comme je le voulais, prise d’atroces douleurs, l’opération est devenue nécessaire. J’avais l’impression que tout le bas de mon ventre, tout mes organes étaient déchirés, à vif.
Sur la table d’opération, je me suis dis : « Considérons que je dois avoir une césarienne pour le mettre au monde cet enfant du Vietnam, il est peut-être en train de naître, d’être conçu ?… ».
Très étrangement et je ne sais par quel miracle, je suis ressortie 20 jours plus tard de l’hôpital, plus forte que jamais.
Je n’avais plus de trompe, mais enfin, je ne risquais plus rien. Pour me réconforter, le médecin m’a dit que je pouvais toujours avoir un enfant par Fécondation In-vitro, je lui ai répondu que j’en aurais un, que j’irais chercher au Vietnam. Il savait très bien que je n’avais pas fais le deuil d’une grossesse…. Effectivement, je ne l’avais pas fait, et sans doute ne le ferais-je jamais, mais ce n’est pas indispensable. Il m’a souhaité bonne chance en ajoutant : mais n’oubliez jamais que si vous changez d’avis, rien n’est perdu.
Sans tarder, j’ai contacté un couple dont on m'avait donné l'adresse.
Sandrine et Gérard (dont j'ai changé les prénoms mais qui se reconnaitront) formaient un couple dynamique et ouvert. Ils avaient un beau petit garçon de 3 mois prénommé Victor. Leur rencontre fut pour moi une véritable révélation. Sandrine parlait de ce voyage avec passion. Lorsqu’elle racontait quelque chose, j’avais l’impression de voir une étincelle dans ses yeux. Victor n’avait que 4 jours lorsqu’ils l’ont eu. Un Vietnamien que je dénommerais « Monsieur Bhé » les a aidés à effectuer toutes les démarches administratives. Un « sauveur » sans lequel leur séjour aurait pu durer plusieurs mois.
C’était au mois de juillet et notre départ était prévu pour le mois de septembre. Septembre, je suis née au mois de septembre, quoi de plus beau comme cadeau d’anniversaire ! ! ? ?
Et le 26 septembre 1997, j’ai pris l’avion pour la première fois. Je suis partie avec la peur au ventre vers le Vietnam. Pays que j’imaginais mystérieux, aux senteurs d’encens, au soleil brûlant et aux musiques enchanteresses.
En survolant ce ventre immense qui m’offrirait un enfant, j’ai ressenti beaucoup d'émotion, du respect, de la reconnaissance. J’avais pourtant si peur de ce qui allait se passer maintenant que j’avais survécu à un vol de 15 heures 30 et des années de souffrances. J’en reviendrais mère ou peut-être pas, mais une chose était certaine : j’en reviendrais différente.
En descendant de l’avion, j’ai eu l’impression d’entrer dans un rêve. Une chaleur humide et étouffante m’a saisie. L’accueil à l’aéroport était on ne peut plus stricte. J’avais l’impression que la Ville dormait et que nous étions seuls dans cet endroit ouvert uniquement pour cette petite quinzaine de voyageurs dont nous faisions partie.
J’imaginais que dans un Pays ensoleillé comme le Vietnam, à 18 heures, le temps serait superbe dehors, mais à ma grande surprise, lorsque nous sommes enfin sortis de l’aéroport, il faisait nuit. Les façades des maisons et des magasins étaient couvertes de pancartes lumineuses et la ville était très animée, plutôt bruyante avec toutes ces mobylettes, ces vélos et ces voitures qui klaxonnaient en permanence. Véritable contraste entre l’aéroport si calme et les rues….
Une dizaine de chauffeurs de taxis, de traducteurs, de guides s’est jetée sur nous, nous proposant chacun leur service. Nous n’étions pas les seuls à être envahis de la sorte, d’autres groupes faisaient la même chose aux autres touristes. C’était un peu déstabilisant après un vol de 15 heures 30 à avoir peur, un Monsieur Bhé absent, et surtout la raison de notre présence qui ne quittait jamais mon esprit. Nous avons réussi à nous débarrasser gentiment d’eux et à nous avancer sur notre droite.
Comme nous l’avions convenu lors de notre conversation téléphonique, j’avais marqué notre nom sur un carton que je tenais à la main. Quelques curieux étaient là, cherchant à vendre leurs services, d’autres attendaient quelqu’un, l’espoir me revenait peu à peu. Un homme m’a saisi le bras et m’a enlevé énergiquement le carton des mains. Il était petit, avec un visage tout rond. C’était Monsieur Bhé ! Je me sentais beaucoup mieux.
La Province où se trouvait l’orphelinat était à 180 kms, ce qui représentait 5 longues heures de route. En France, 180 kms peuvent largement être faits en moins de deux heures, mais là, les routes étaient si moches et les voitures en si mauvais état qu’il nous fallait 5 heures pour y arriver ! De plus, au Vietnam, il n’y a pas de permis de conduire… ou s’il y’en à un…. Les règles sont très différentes des nôtres !! les chauffeurs sont tous des chauffards ! ! J’ai franchement cru que nous allions mourir tout bêtement sur la route, si près de notre bonheur.
Dans la soirée, Monsieur Bhé est venu avec sa femme. Ils avaient ramené un fruit de chez eux appelé « Dragon Bleu », pourtant il n’était pas bleu. Il était rose et à l’intérieur c’était blanc avec des petits grains noirs. Son goût se rapprochait un peu du Kiwi, disons que c’est le fruit le plus comparable. Ensuite, il nous a présenté une carte de France afin que nous lui indiquions de quel endroit nous venions. Monsieur Bhé traduisait tout ce que nous disions pour sa femme qui ne parlait et ne comprenait pas le français. Il faut dire que Monsieur Bhé connaissait beaucoup de mots, mais avait de grosses lacunes en la matière. Il nous a offert des photos d’eux.
Enfin, Monsieur Bhé a sorti quelques photos d’enfants adoptés par son intermédiaire. Ils étaient tous plus beaux les uns que les autres, avec un regard plein de malice et de joie. Je regardais ces enfants avec admiration, et l’envie profonde d’en avoir un aussi beau. Je pensais qu’il sortirait la photo de mon enfant, mais il n’en a rien fait.
A mon grand bonheur, avant de nous laisser, Monsieur Bhé nous a fixé rendez-vous pour le lendemain matin à 8 h 30 dans le hall de l’hôtel, pour aller à l’orphelinat.
Avant de m’endormir, ce soir là, j’ai essayé une dernière fois d’imaginer le visage de mon enfant. J’essayais d’imaginer la réaction que j’aurais lorsque mes yeux se poseraient enfin sur lui. C’était peut-être une dernière fois, ou une fois de plus ? que je m’endormais avec une larme au coin de l’œil.
Comment allais-je réellement réagir ? Qu’allais-je vivre demain ? Moi qui dors habituellement comme une marmotte, je n’ai pas eu besoin de réveil le matin. Et quand l’angoisse se mélange à la joie, ça fait un drôle de cocktail ! J’étais étrange… agitée et si calme malgré tout…. Comme quelqu’un qui vit ses derniers instants… Suspendue dans l’inconnue, en route pour une nouvelle vie.
Lorsque Monsieur Bhé est arrivé, j’étais aux anges. Cet homme représentait pour moi le messager du bonheur. C’était lui qui allait me conduire vers mon avenir.
Le trajet était long. Il y avait beaucoup de monde dans une multitude de rues très animées. A gauche, à droite, sur les ponts, dans les chemins….. Je regardais attentivement ce qui m’entourait car je voulais ne jamais l’oublier. Des gens nous criait des choses avec un grand sourire, essayaient de nous toucher au passage, comme si nous allions leur porter bonheur… C’était impressionnant.
Nous avons pris une ruelle toute boueuse, nos fesses rebondissaient sur le petit banc de bois du cyclo-pousse. Là, j’ai vu sur notre gauche un grand bâtiment blanc avec une croix rouge délavée dessus. C’était ici, nous étions arrivés.
En face de l’entrée, des femmes prenaient le thé sous une sorte de cabane, pendant que des enfants jouaient autour d’elles, leur sourire attendrit m’a réchauffé le cœur. Elles savaient qui nous étions et nous remerciaient de venir offrir un meilleur avenir à un enfant. Je n’ai pas appris le Vietnamien, mais j’ai appris leur regard.
Les mots, les maux, l’émotion……
En franchissant cette vieille barrière, j’étais au bord des larmes. Je portais encore un lourd fardeau de 14 ans, mais il fallait que je me ressaisisse. Je ne voulais pas pleurer, pas maintenant, pas devant ces gens qui me voyaient pour la première fois et qui n’attendaient que mon sourire. Alors j’ai collé sur mon visage le sourire qu’elles attendaient et je suis entrée.
Ma vie était en train de basculer, je le savais, je le sentais. Je franchissais une porte « clé » du labyrinthe maudit dans lequel j’étais entrée un jour… Cet affreux labyrinthe que je parcourais depuis des années ! Enfin ! Une lueur dans sa pénombre m’indiquait que la sortie n’était plus très loin.
Un vieillard très maigre s’est avancé vers nous. Il parlait très bien le français. Il nous a fait installer dans une sorte de petit salon situé à l’entrée du foyer réservé aux vieillards, puis nous a offert une tasse de thé (un thé bien de chez eux et pas aussi délicieux que nous avions pu l’imaginer…).
En examinant les lieux, j’espérais vraiment que les dortoirs des enfants seraient plus propres et plus accueillants que celui-ci. L’ambiance était étrange… des vieillards déambulaient au ralenti entre les lits entreposés dans une seule pièce immense et très sombre, ça sentait mauvais, la chaleur aidant.
Monsieur Bhé est enfin arrivé et nous a demandé de le suivre.. J’étais impatiente comme jamais je ne l’avais été ! Je me disais que seuls, quelques mètres, quelques minutes me séparaient de mon enfant, mais Monsieur Bhé nous a fait entrer dans ce qu’il appelait le bureau. Je n’en pouvais plus, j’étais énervée mais obligée de rester Zen… quel exercice.
Les personnes assises autour des tables nous ont été présentées par Monsieur Vhé. Monsieur Vhé était un homme âgé lui aussi, qui parlait vraiment un très bon Français, sans lacune. Il servait de traducteur au directeur de l’orphelinat. On nous a de nouveau servi du thé… je me suis dépêchée de le terminer pour être tranquille avec ça… mais finalement, chaque fois qu’ils voyaient que notre tasse était vide, une charmante Vietnamienne tapant à la machine je ne sais quoi, nous en servait un autre, alors j’ai finis par boire très lentement… question que cette tasse ne se vide jamais !
Monsieur Vhé s’est lancé dans un long discours. Il nous a dit qu’après avoir examiné notre dossier, ils étaient tous d’accord pour nous confier un bébé, et nous a demandé si nous voulions un garçon ou plutôt une fille. Comme nous disions tous les deux que ça nous était égal, Monsieur Bhé s’est adressé en Vietnamien à Monsieur Vhé qui s'est tourné vers moi et m’a dit : « Vous voulez plutôt une fille ? ».
Je ne savais plus quoi répondre car j’avais peut-être un fils qui m’attendait et je ne voulais pas qu’ils puissent une seconde s’imaginer que je serais déçue.
Un garçon ou une fille, c’était mon enfant. Monsieur Vhé à enchaîné par ces paroles :
« Pour éviter le choc psychologique, je vous dis, c’est une fille ».
Pour ce qui était d’éviter le choc psychologique, c’était raté ! Ces mots ont raisonné dans ma tête sans que je n’arrive vraiment à réaliser. C’était la première chose que je savais sur mon enfant, la première phrase la citant Elle ! Je ne cessais de me répéter : « J’ai une fille…. C’est une fille….. Ma fille…. »
Monsieur Vhé nous a ensuite expliqué que nous allions la voir 15 minutes durant lesquelles nous pourrions l’observer, l’examiner sous toutes ses formes, qu’ensuite, nous déciderions si elle nous plaisait ! ! Ignoble mais bien réel.
Moi, j’ai totalement perdu le fils de la conversation, je ne pensais qu’à aller la rejoindre. Elle était là, tout près de moi, et j’étais obligée de rester dans cette pièce où plus rien ne m’intéressait ! ! ! Les secondes y devenaient interminables.
Soudain, une femme est arrivée par une porte située juste en face de moi, à l’autre bout de la pièce. Malgré la chaleur, elle avait une serviette sur la tête. Elle m’a lancé un regard attendrit, comme une bonne fée. J’ai vite compris que son sourire m’annonçait un grand bonheur. Mes yeux se sont posés sur ce qu’elle tenait dans les bras. J’ai combattu les larmes qui voulaient m’empêcher de la voir avancer. J’aurais voulu me lever pour la rejoindre, mais j’étais totalement paralysée. Autour de moi, tout semblait s’être arrêté, tout, surtout moi. Seul mon cerveau continuait à réagir.
Elle marchait lentement, enfin, je crois. Dans ses bras, il y avait un bébé. Minuscule bébé enveloppé dans un linge. Je n’en croyais pas mes yeux. J’ai regardé Monsieur Bhé qui m’a fait « oui » de la tête, j’ai regardé Monsieur Vhé qui a fait la même chose. Ce bébé était bien le mien, ma fille arrivait, si petite, si fragile. Lorsque la femme est arrivée à ma hauteur, je ne sais par quel miracle j’ai réussi à me lever.
Elle dormait. Un énorme bonnet blanc et orange lui couvrait la tête. Sa peau était toute blanche, presque translucide… elle avait un minuscule petit nez droit un peu aplati. Sa peau me semblait fine, si fine ! Elle était très différente de ce que j’avais imaginé. Tellement plus petite et tellement plus belle ! ! Ses deux petits yeux fermés m’apparaissaient comme des traits dessinés.
La femme m’a tendu ma fille, mon bébé, mon enfant.
Je l’ai prise dans le creux de mes bras, et là, tout s’est douloureusement remis en marche. Une sensation inexplicable m’a envahie. Mon ventre se libérait de toutes ses douleurs passées et je le sentais ; puis du ventre, cette impression m’a gagnée la poitrine, la gorge, et là, j’ai eu beau essayer de me retenir, j’ai littéralement explosée en larmes. Je me suis assise pour ne pas m’écrouler avec mon bébé, et s’il n’y avait pas eu de chaise derrière moi, je crois que je me serais assise par terre, car mes jambes n’auraient jamais pu me soutenir encore.
J’ai compris à cet instant que les années passées n’avaient pas été inutiles. Tout ce que j’avais vécu auparavant et pris pour mon pire cauchemar n’était en fait qu’un long chemin à prendre pour la trouver ici, au Vietnam.
J’étais heureuse d’être arrivée là, grâce à ce ventre avec lequel je me réconciliais enfin.
A ma façon, je venais de mettre au monde une merveilleuse petite fille.
Je l’ai regardée, sentie, admirée, embrassée (doucement pour ne pas la réveiller). Deux ou trois fois, elle a essayé de me regarder, mais le sommeil était plus fort que sa curiosité. Elle portait un body sur lequel était inscrit : « Par une belle matinée d’été ». C’était ma plus belle matinée d’été, en plein mois de septembre.
FIN
Voilà... je m'arrête ici pour cette belle histoire qui fait de moi aujourd'hui encore une maman éblouie par son enfant. Maïlys a maintenant presque 8 ans, c'est vraiment ce que la vie m'a offert de plus magnifique.
Ce récit est loin d'être intégral, mais il est tellement long que je n'ai repris ici que les principaux morceaux... pour comprendre la souffrance et l'attente, et découvrir cet instant magique qui à fait de moi une maman.
Source :
http://www.malys.org